20 avril 2007

Les auteurs en quête de leurs livres.

J'ai rapporté de Noirmoutier un petit bureau qui était chez mes grands-parents, puis chez mon père. C'est une petite table en pichepin avec un tiroir et des pieds tournés.J'y ai passé des heures à faire mes devoirs sous l'oeil attentif de mon grand-père, puis d'autres à rédiger des tas de phrases qui dorment dans des cahiers oubliés.
Aujourd'hui, ce meuble est dans le sous-sol de la librairie et me sers de petit bureau.
J'ai l'impression que je ne rédige que des chèques dessus maintenant.

En ouvrant le tiroir cet après-midi, j'ai senti l'odeur de Noirmoutier, de mon enfance .Le sens olfactif est très surprenant.

Parfois à la librairie, nous avons la visite d'auteurs en quête de savoir si nous les connaissons, si nous avons leurs livres.
Nous avons plusieurs cas de figure:

1) L'auteur qui habite le quartier.Alors, nous prenons systématiquement son livre d'autant plus volontiers que l'auteur est un véritable client fidèle .
2) L'auteur discret , gentil,qui ne dévoile pas son identité, généralement un bon auteur...que nous devinons parfois Maryline et moi.
3) L'auteur décontracté, papoteur qui fait un petit tour dans les librairies et qui ne se formalise pas si nous ne le connaissons pas.
4) L'auteur qui nous colle du style:
-"Bonjour, connaissez-vous un livre dont le titre est "Machin chose" et l'auteur Truc?
Devant notre regard vide et notre proposition de le commander, la personne nous répond:
-"Je suis l'Auteur.Comment, vous n'avez pas mon livre...
Ce dernier cas est redoutable.
Avec le temps, nous en rions mais au début, jeunes libraires, on se sentait comme prises en défaut d'inculture, de manque de métier.C'était pas rigolo.

Dans la catégorie 1, ce mois-ci, M. Claude Benoit, client très aimable, qui a écrit avec son fils Les vallées de l'éternel, éditions de La Cause.
Toujours dans cette catégorie, nous avons eu la visite d'un soi-disant client que nous ne connaissions pas ( il est passé en l'absence de l'une de nous deux,) nous avons commandé son livre.

Dans la catégorie 2, nous avons eu la semaine dernière la visite de Gérard Haller, auteur Galilée qui n'avait absolument pas l'intention de se dévoiler.C'est nous qui lui avons demandé s'il n'était pas auteur, notre côté médium...
Son dernier livre Fini mère vient de sortir.Là, nous étions vraiment honteuses de ne pas le connaître. Blandine, ancienne libraire, nous en avait commandé deux exemplaires. Nous aurions dû être alertées.Nous l'avons recommandé, mis en vitrine et vendu aujourd'hui.Il est au réassort.Les libraires de Tours en ont vendu 60 exemplaires .Je me promets de le lire et d'aller un jour à Tours .

Dans la catégorie 3, Alain Teulié auteur de A part ça, les hommes vont bien, paru chez Plon ce mois-ci nous a fait rire en se présentant. Nous avons commandé son livre pour voir si ce dernier est aussi drôle que son auteur.Il a papoté avec Maryline si longtemps que j'ai décroché du facturier pour aller les interrompre un peu, jalouse de les entendre rire.

Pour la catégorie 4, pas de noms à vous citer , mais nous n'avons pas commandé leurs livres.

Le plus agréable pour nous, vous vous en doutez, c'est de pouvoir dire à un auteur que nous avons adoré son livre et qu'il est en pile...

6 commentaires:

Christophe a dit…

Bonjour,

N'ayant pas votre adresse de messagerie, je me permet de "polluer" votre billet, pour vous informer d'un possible projet pour les librairies. Merci de ne pas publier le commentaire qui n'a rien à voir avec l'article.

Je m'appelle Christophe Vigneron, je suis le compagnon de la libraire (Natacha) qui est à l'origine de la librairie Caractères. J'ai en charge le blog de cette librairie.
Je suis ou plutôt j'essaie de suivre, de voir, de lire ce qui se fait, se dit dans le monde de l'édition (en France) et m'intéresse plus particulièrement au sort des librairies qui vivent (ou pas) les mutations liées aux Technologies de l'Information et de la Communication (TIC).
Ex-étudiant en géographie et passionné d'informatique, j'ai oeuvré en tant que formateur aux TIC de 1997 à 2004 pour des espaces multimédia municipaux (Strasbourg).

Voilà quelques semaines qu'une idée me chatouille, que je pèse, soupèse et porte à votre connaissance aujourd'hui.
Vos articles, vos réflexions et mes différentes lectures ont nourri cette idée.
Je suis convaincu, comme beaucoup d'entre vous, que :

* les propositions (2010 ?) issues de la dernière étude du Centre National du livre,
* le lancement d'un portail des librairies par le Syndicat de la Librairie Française, ses attaques juridiques contre Alapage ou Amazon,
* les mutations technologiques depuis 1995,
* la fin du programmée du pétrole (et son corollaire : la modification des circuits de distribution),
* le développement du commerce électronique...

ont modifié / modifient / vont modifier profondément le travail des libraires et réinterroger les missions de la librairie.

Un wiki (définition) et une liste de discussion dédiés aux librairies, un peu à l'image de ce qui se fait pour les bibliothèques (Bibliopedia) pourrait répondre, au moins pour partie, aux interrogations et aux besoins des libraires, demandeurs d'informations souvent disséminées.
C'est en assistant, le 26 mars au salon du livre de Paris, à la présentation d'outils pour les bibliothécaires que j'ai été convaincu de l'idée de créer un espace documentaire, mis à jour régulièrement par tout un chacun, avec des thématiques focalisées (office, prix du livre, veille technologique....) spécifiques à la librairie.

Je cherche donc à faire collaborer des personnes qui souhaitent partager et diffuser leurs savoirs, leurs expériences... au sein d'un espace communautaire au service de tous les libraires. Il me semble que l'idée est à affiner, au moins techniquement. Un moteur de wiki comme wikia me semblait intéressant.
Cependant, je ne souhaite pas revendiquer la paternité ou une quelquonque autorité sur ce futur outil, aussi je propose que vous formuliez dans un premier temps vos réactions par retour de messagerie afin d'ouvrir un wiki (choix du nom, du moteur, de l'hébergement, des droits d'accès...) ou quelquechose qui permette de débattre de l'idée d'un espace collaboratif et qui représente la diversité de ses contributeurs.

N'hésitez pas à le diffuser aux personnes de votre connaissance qui pourraient être intéressées.

Merci d'avoir pris la peine de me lire jusqu'ici.
Cordialement

Christophe Vigneron
libraire par procuration.
PS : merci de répondre à christophe.vigneron@free.fr

Lili a dit…

Donc vous rencontrez tellement d'auteurs que vous pouvez les reconnaître?...! Alors quels sont les signes distinctifs des auteurs? Et vous est-il déjà arrivé de vous tromper en reconnaissant un auteur qui finalement n'en était pas un? (Je crois qu'il y a pire comme méprise...!)
J'ai regardé sur Internet l'itinéraire Roissy Charles de Gaulle > Litote; il parait qu'il faut 4 minutes en bus (!). Je vais peut-être repasser par la capitale deux jours fin juillet alors pourquoi pas un atterrissage en douceur au milieu des livres...
Lili du Liban, heureuse de partager votre quotidien.
Bonjour à Philippe de Genève exilé de la Ville Rose ( et d'Ombres blanches!) comme moi.

Anonyme a dit…

Parfois les auteurs qui aiment lire vont dans les librairies... Alors, plusieurs cas de figure.

1) La libraire du quartier. Elle nous aime, elle vient de vendre le 100 ème exemplaire du dernier et pour la taille de sa librairie, c'est énorme. Elle nous a fait faire une signature sans aucune raison puisque nous ne sommes pas connues et elle a fait un tel battage, digne d'un Paul Auster que la librairie était pleine à craquer...

2) La libraire qui sait qu'on a écrit. Elle croit qu'on vient vérifier si le livre est là, sur la table et signale que bien sûr elle le vend comme des petits pains et que toutes les copines l'ont acheté(ah par nos copains qui peut bien acheter ce truc illisible), elle remplit le silence dans lequel rien de tout ce qu'elle imagine ne serait arrivé et finit par nous tendre le livre d'une autre en nous disant "tu vois bien qu'il est là ton livre... Ah ces auteurs !" On sort de la librairie, morte de honte pour elle et pour nous.

3) La libraire qu'on ne connait pas qu'on questionne sur les nouveautés pour replonger un peu dans le monde oublié pendant l'écriture et qui nous conseille notre livre en nous faisant l'article et on a un tel fou rire de la coincidence qu'on la laisse finir sans rien dire.

4) Le libraire qui a écrit un roman refusé par notre éditeur et veut savoir d'un air mauvais pourquoi le notre qui est beaucoup moins bon (c'est évident!) a été accepté ??? Mais si ! Il existe, je l'ai rencontré.

5) Et c'est dans la meilleure catégorie. Cette tribu magnifique de libraires amoureux des livres qui vous emmènent sur leurs tables comme sur un tapis magique en vous proposant de quoi vous envoler... Et ce qui reste important ce jour là, c'est avant tout d'être un lecteur et non plus un auteur...
Frédérique

Mùchôs a dit…

En fait, sans libraire, les auteurs seraient presque méconnus.

Et pourtant, on ne fait jamais de Prix du meilleur libraire !

litote en tête a dit…

Lili, il faut 40 minutes au moins pour venir de Roissy à Litote...en RER.
Quant-à reconnaître tous les auteurs,non, mais parfois, nous avons un pressentiment.Et là, j'avoue que j'aime discuter avec l'auteur qui a franchi le seuil de notre librairie, l'écouter nous parler de ses goûts, de son travail ,de tout et de rien s'il en a envie.

Frédérique, vous décrivez si bien vos cas de figure que ma prose d'hier me paraît bien fade et un peu raide.Oui, bien sûr, en miroir,l'auteur en visite dans une librairie doit en entendre des vertes et des pas mûres , mais par bonheur des mots gentils aussi,des signes d'admiration et un soutien fidèle de son libraire de quartier...qui l'encouragerons à continuer d'écrire dans sa solitude.

Gérard a dit…

Bivouac littéraire sur
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