Par ce temps instable, il est très commode que des clients oublient leur parapluie à la librairie.
Surtout quand ils sont jolis ou pliables.
Frédérique Deghelt, auteur de La grand-mère de Jade , éd. Actes Sud a ainsi oublié un très joli parapluie de toutes les couleurs, facile à harmoniser avec mon imperméable noir ou la gabardine beige de Maryline.
Son roman précédent La vie d'une autre vient de sortir en livre de poche Hachette.
Frédérique est passée nous faire un petit coucou à la librairie. Nous avons discuté de son roman que j'ai lu début janvier alors qu'il est sorti en janvier 2009.
Mais vieux motard que jamais...
J'aurais bien aimé être dans les pensées d'Hubert Nyssen lorsqu'il s'est retrouvé dans le roman. Qu'en a-t-il pensé?
Nous avons parlé de l'entretien consacré à cet éditeur, passé à la télévision mi- janvier, (documentaire dans la série" Empreinte") et des livres qu'elle a lus et aimés :
A l'angle du renard, de Fabienne Juhel, éd du Rouergue; Les Matins courts de Marie de Premonville, éd. Anne Carrière, Viens plus près, de Sarah Gran, éd. Sonatine et de Seul le silence, de R.J. Ellory, éd. Sonatine.
J'ai encore du retard de lecture!
Nous lui avons offert le dernier livre de Philippe Jaenada, 16h30, Plage de Manacora, éd. Grasset. Ce dernier vient aussi de sortir en poche.
Ce qui est bien dans l'oubli d'un parapluie, c'est qu'il faut revenir le chercher...
25 février 2010
23 février 2010
Avez-vous Des sourires et des hommes?
Euh, que répondre à ce jeune lycéen?
Parfois , nous avons des sourires et des hommes dans la librairie, heureux d'avoir trouvé leur livre...
Nous avons également en stock Des souris et des hommes, de Steinbeck, folio
Etonnant!
"Le dandy", personnage du thriller d'Ingrid Astier, Quai des enfers, Série noire, Gallimard...est entré dans la librairie.
Comme Maryline avait lu ce polar, elle avait les yeux ronds comme des billes de découvrir l'un des personnages du livre lu.
Elle vient de me demander si elle n' a pas rêvé.
Elle vient de me demander si elle n' a pas rêvé.
20 février 2010
Atelier d'écriture sur Paris, musée du XXIe siècle le livre de Thomas Clerc
Pierre Ménard animait samedi 13 février son premier atelier d'écriture dans le cadre de la résidence d'écrivain soutenue par la Région Île-de-France qu'il propose pendant dix mois à la librairie. Il a fait travailler, dans la bonne humeur et l'énergie créative, une douzaine de participants enthousiastes au Centre d'animation Château-Landon en partant de l'oeuvre de Thomas Clerc : Paris, musée du XXIe siècle : Le Dixième arrondissement, Thomas Clerc, Gallimard, Collection "L'Arbalète", 2007.

Entrelacer, dans une forme hybride d’écriture, l'étude objective, documentée, et les considérations personnelles ou autobiographiques (ces dernières n'étant nullement inscrites en marge de l'étude mais dans son déroulement même), pour décrire un quartier, une ville, en adoptant l'ordre arbitraire mais incontestable de l'alphabet. Il faut en effet renouveler les modes d'approches et de perception de la ville en s'offrant à la flânerie et à une lecture vagabonde, discontinue plus que linéaire.
Présentation du texte :
Dans cet ouvrage, Thomas Clerc a décidé d'arpenter de long en large le Xème arrondissement de Paris à travers ses 155 rues, places, quais, squares, cités, avenues, jardins, boulevards, impasses et passages, en adoptant l'ordre arbitraire mais incontestable de l'alphabet, de la rue d'Abbeville à la cité Wauxhall. Il s'offre à la flânerie et à une lecture vagabonde, discontinue plus que linéaire de la ville. Un portrait du quartier entre la confession, le rêve, l'étude ethnographique, politique, économique et, bien sûr, historique qui inclut en outre une réflexion sur la "muséification" de la capitale.
Extrait :
« Je pars de la RUE DU FAUBOURG-SAINT-MARTIN (1 885 x 20 m), mon centre de gravité. Sur la façade du I, apparaît en lettres de métal CENTRE DE SANTÉ. Un travelling arrière, et le voilà métamorphosé en « marchand de vêtements pour enfants ». Comme un néon sur les murs d'une galerie, les mots brillent dans le vide, coupés de leur référence. Contact : j'accoste un client qui sort du magasin. Il n'a rien remarqué de spécial. Piège : si un laboratoire d'analyses médicales dépose le bilan, ses résultats sont-ils encore fiables ? Le négatif devient vice versa. Configuration : j'observe sous sa protection l'élégante porte Saint-Martin qui, elle, n'est pas un leurre, mais une arche à 3 branches sur socle. Monument mineur, elle n'est guettée par aucun effet d'usure. La nuit, éclairée par des projecteurs, elle accède même à la beauté du second rôle. Le bas-relief a fixé les personnages historiques en spectateurs impuissants ; face à la mobilité incessante des piétons et voitures anonymes, les héros louis-quatorziens n'intéressent personne, comme s'ils avaient été floués par la gloire. Théorie : l'ennui dégagé par les monuments vient de leur caractère universel, qui les ancre dans un lieu définitif et les fige pour l'éternité dans le statut de « grande chose ». Bien qu'il y ait des gens ennuyeux comme des monuments, la face humaine me paraît toujours plus riche de sens et d'affect que les « vieilles pierres ». Les monuments sont des volcans éteints. Cet ennui ne se dissipe que par la grâce d'une représentation, film ou photo, qui ranime les masses de la ville endormie, et transforme les fictions en documentaires. Rebaptême : la porte Saint-Martin, ma colonne d'Hercule. Méthode : je prends le trottoir de droite pour monter vers Stalingrad, je prendrai celui de gauche pour redescendre. Au 3, l'inscription « À LA PORTE SAINT-MARTIN » orne un mascaron inachevé. Dans un quartier noble, on aurait fini les travaux d'embellissement, je les poursuis et m'intronise redresseur de torts des arrondissements. Synesthésie : le flot automobile définit l'ambiance visuelle, sonore et olfactive du faubourg. 2 voitures à peine peuvent tenir sur la chaussée, restreinte par un couloir de bus. Dès les premiers pas, le règne des grossistes du textile s'affirme avec brutalité. L'art des marques et des logogrammes, le branding, fait fureur dans la rue capitaliste : les noms — Yony Boy, Halogène, Kids Star — parfois pimenté par un calembour (Mot le ton), vantent le style profane de leur fonds de commerce. Comme les mauvais livres se signalent d'eux-mêmes par leurs titres, la marchandise impersonnelle éclate au grand jour. Le nom Jeudi après-midi, seul, ajoute quelque épaisseur à l'enfance du vêtement. Numérophilie : les 3 bus de la rue (38 + 39 + 47), additionnés, donnent 124. Au 5, un magasin ose se présenter au public dépourvu de nom, son propriétaire ne s'est même pas donné la peine de baptiser un commerce qu'il envisage comme pur moyen de parvenir. Les marchandises exposées en vrac, des vestons pour enfants, s'appellent implicitement camelote anonyme. »
L'intégralité des textes est disponible sur le site Liminaire de Pierre Ménard.
À lire également sur le sujet, sur le blog Pendant le week-end, le compte-rendu sur l'atelier d'écriture de Pierre Ménard par Pierre Cohen-Hadria et sur le blog de Dominique Hasselmann, la nuit tombe sur le Boulevard Saint-Martin et l'on se souvient du livre de Thomas Clerc :
Boulevard Saint-Martin, la nuit a fini par tomber (1/2)
Boulevard Saint-Martin, la nuit a fini par tomber (2/2)
Rendez-vous samedi 13 mars à 14h. au Centre Château Landon pour un nouvel atelier d'écriture avec Pierre Ménard.
Renseignements et réservations à la librairie : 01 44 65 90 04
Entrelacer, dans une forme hybride d’écriture, l'étude objective, documentée, et les considérations personnelles ou autobiographiques (ces dernières n'étant nullement inscrites en marge de l'étude mais dans son déroulement même), pour décrire un quartier, une ville, en adoptant l'ordre arbitraire mais incontestable de l'alphabet. Il faut en effet renouveler les modes d'approches et de perception de la ville en s'offrant à la flânerie et à une lecture vagabonde, discontinue plus que linéaire.
Présentation du texte :
Dans cet ouvrage, Thomas Clerc a décidé d'arpenter de long en large le Xème arrondissement de Paris à travers ses 155 rues, places, quais, squares, cités, avenues, jardins, boulevards, impasses et passages, en adoptant l'ordre arbitraire mais incontestable de l'alphabet, de la rue d'Abbeville à la cité Wauxhall. Il s'offre à la flânerie et à une lecture vagabonde, discontinue plus que linéaire de la ville. Un portrait du quartier entre la confession, le rêve, l'étude ethnographique, politique, économique et, bien sûr, historique qui inclut en outre une réflexion sur la "muséification" de la capitale.
Extrait :
« Je pars de la RUE DU FAUBOURG-SAINT-MARTIN (1 885 x 20 m), mon centre de gravité. Sur la façade du I, apparaît en lettres de métal CENTRE DE SANTÉ. Un travelling arrière, et le voilà métamorphosé en « marchand de vêtements pour enfants ». Comme un néon sur les murs d'une galerie, les mots brillent dans le vide, coupés de leur référence. Contact : j'accoste un client qui sort du magasin. Il n'a rien remarqué de spécial. Piège : si un laboratoire d'analyses médicales dépose le bilan, ses résultats sont-ils encore fiables ? Le négatif devient vice versa. Configuration : j'observe sous sa protection l'élégante porte Saint-Martin qui, elle, n'est pas un leurre, mais une arche à 3 branches sur socle. Monument mineur, elle n'est guettée par aucun effet d'usure. La nuit, éclairée par des projecteurs, elle accède même à la beauté du second rôle. Le bas-relief a fixé les personnages historiques en spectateurs impuissants ; face à la mobilité incessante des piétons et voitures anonymes, les héros louis-quatorziens n'intéressent personne, comme s'ils avaient été floués par la gloire. Théorie : l'ennui dégagé par les monuments vient de leur caractère universel, qui les ancre dans un lieu définitif et les fige pour l'éternité dans le statut de « grande chose ». Bien qu'il y ait des gens ennuyeux comme des monuments, la face humaine me paraît toujours plus riche de sens et d'affect que les « vieilles pierres ». Les monuments sont des volcans éteints. Cet ennui ne se dissipe que par la grâce d'une représentation, film ou photo, qui ranime les masses de la ville endormie, et transforme les fictions en documentaires. Rebaptême : la porte Saint-Martin, ma colonne d'Hercule. Méthode : je prends le trottoir de droite pour monter vers Stalingrad, je prendrai celui de gauche pour redescendre. Au 3, l'inscription « À LA PORTE SAINT-MARTIN » orne un mascaron inachevé. Dans un quartier noble, on aurait fini les travaux d'embellissement, je les poursuis et m'intronise redresseur de torts des arrondissements. Synesthésie : le flot automobile définit l'ambiance visuelle, sonore et olfactive du faubourg. 2 voitures à peine peuvent tenir sur la chaussée, restreinte par un couloir de bus. Dès les premiers pas, le règne des grossistes du textile s'affirme avec brutalité. L'art des marques et des logogrammes, le branding, fait fureur dans la rue capitaliste : les noms — Yony Boy, Halogène, Kids Star — parfois pimenté par un calembour (Mot le ton), vantent le style profane de leur fonds de commerce. Comme les mauvais livres se signalent d'eux-mêmes par leurs titres, la marchandise impersonnelle éclate au grand jour. Le nom Jeudi après-midi, seul, ajoute quelque épaisseur à l'enfance du vêtement. Numérophilie : les 3 bus de la rue (38 + 39 + 47), additionnés, donnent 124. Au 5, un magasin ose se présenter au public dépourvu de nom, son propriétaire ne s'est même pas donné la peine de baptiser un commerce qu'il envisage comme pur moyen de parvenir. Les marchandises exposées en vrac, des vestons pour enfants, s'appellent implicitement camelote anonyme. »
L'intégralité des textes est disponible sur le site Liminaire de Pierre Ménard.
À lire également sur le sujet, sur le blog Pendant le week-end, le compte-rendu sur l'atelier d'écriture de Pierre Ménard par Pierre Cohen-Hadria et sur le blog de Dominique Hasselmann, la nuit tombe sur le Boulevard Saint-Martin et l'on se souvient du livre de Thomas Clerc :
Boulevard Saint-Martin, la nuit a fini par tomber (1/2)
Boulevard Saint-Martin, la nuit a fini par tomber (2/2)
Rendez-vous samedi 13 mars à 14h. au Centre Château Landon pour un nouvel atelier d'écriture avec Pierre Ménard.
Renseignements et réservations à la librairie : 01 44 65 90 04
05 février 2010
Commencer comme ça
à chaque pas le premier pas, même si tu tombes
tu te relèves, soleil, pluie, cliquetis des doigts
sur un clavier et le livre abandonné, repris
qu'y cherches-tu que jamais tu ne pourras trouver
que tu trouveras tout de même mais sans savoir
et toute une vie à ce jeu, perdue ou gagnée
perdue et gagnée, avec chaque jour l'espoir
d'en arrêter le jour, ce vertige sans issue
où en aveugle une fois de plus tu recommences
Jacques Ancet, L'identité obscure
tu te relèves, soleil, pluie, cliquetis des doigts
sur un clavier et le livre abandonné, repris
qu'y cherches-tu que jamais tu ne pourras trouver
que tu trouveras tout de même mais sans savoir
et toute une vie à ce jeu, perdue ou gagnée
perdue et gagnée, avec chaque jour l'espoir
d'en arrêter le jour, ce vertige sans issue
où en aveugle une fois de plus tu recommences
Jacques Ancet, L'identité obscure
Il faut bien commencer, mettre un mot devant l'autre, comme on marche, avancer dans le clair du jour sans forcément savoir où l'on va, puisqu'il faut que le monde commence quelque part, dans une ville ou dans un livre, on ne cherche tant peut-être que parce qu'il n'y a rien à trouver, on ne retourne pas à l'origine dans ce mouvement désuet de nostalgie, on avance au hasard comme plongé dans le noir d'une pièce qui ne nous est pas si étrangère, simplement différente et changeante à chaque instant, je ne suis pas moi seulement, qui suis-je encore, ou quoi ? un mot une phrase ainsi que tout commence, un pas devant l'autre, avancer vers soi sans savoir qui nous sommes, sans savoir même qui est là, on se demande parfois si l'on finira par y arriver, si même un but précis nous incite à continuer ainsi, je regarde, je ne vois rien que quelques signes vagues, avancer, faire de cet instant là, les premiers pas, les premiers mots, le moteur de la suite, dans les traces duquel s'inscrire, c'est un bon début, il n'y a rien de connu, rien de préexistant, pas d'hypothétique commencement qui recule toujours à mesure qu'on tente de l'atteindre, il faut juste ouvrir les yeux, le monde tourne autour de nous, le monde et sa rumeur incessante vibre en nous, résonne dans nos têtes, dans nos moindres paroles, gestes y compris, être à l'écoute en avançant dans le passage d'un mot, à l'autre, comme le sens, dans le sens de la marche, quelque chose nous appelle, nous interpelle et peut-être nous oblige, quelque chose nous domine et veut là, qui pourtant nous ignore, je suis dans ce que je ne peux pas dire, j'y suis mais je ne le vois pas, pour le voir j'essaye d'oublier, les souvenirs aveuglent, il faut toujours être entre, entrer dans ce mouvement, le temps immobile, raconter, c'est raconter quelque chose, ce n'est pas vouloir dire mais vouloir faire et c'est dans cette intention de faire qui veut ce que l'on dit qu'en nous l'inconnu peut parler, ce que je ne sais pas, ce que je devine, ce que j'invente, ce que j'avance, dans l'oubli de chaque pas, l'éblouissement des mots, ce sera donc ici.
Texte écrit par Pierre Ménard, que nous accueillons dans le cadre d'une résidence d'écrivain de la Région Île-de-France, et qui nous présente son texte : Commencer comme ça dans le cadre du projet de vases communicants : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
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