22 janvier 2007

Les doigts dans l'encre violette

Une hantise après avoir rédiger le billet du jour et au moment d’appuyer sur le bouton « Publier », celle de laisser une faute d’orthographe ! Une vraie, évidemment, une bien grosse qui soulève la moquerie. Pas une fautinette de rien du tout qui sent son étourderie. Non, je veux parler de l’erreur crasse qui gâche la lecture. Je sais ; tout cela, à l’heure où on écrit sur son téléphone ou sur son mail plus vite qu’on ne parle, c’est-à-dire n’importe comment, peut paraître complètement démodé. Que voulez-vous, Corinne a du vous dire que nous avions un grand-père instituteur, qui nous a appris à écrire dans le respect des pleins et des déliés, de la cursive droite ou penchée et de la sacro-sainte orthographe.
Que dites-vous ? j’ai employé un néologisme bizarre, fautinette ; et pourquoi pas fautitude pendant que j’y suis ! Et bien, justement, désireux d’apporter ma contribution à un grand débat qui divise la France aujourd’hui, je tiens à faire part de mon admiration inconditionnelle à tous les inventeurs de mots et à tous les oulipiens de France. Ils n’écrivent pas, ils font l’amour à la langue française et par la passion qu’ils lui vouent, savent la rendre toujours plus belle. Parmi ceux-ci, un immense écrivain dont j’ai eu le bonheur de tomber dans la marmite dès l’adolescence, Frédéric Dard, dit San-Antonio. Il avait coutume de dire « Quand j’ai commencé à écrire, je connaissais 300 mots ; j’ai inventé les autres ». Je vous en reparlerai !
Pour revenir à l’orthographe, Claude, un fidèle de la librairie, par ailleurs poète et fin lettré, nous a interpellé la semaine dernière en nous disant qu’il avait découvert des fautes dans une édition ancienne « la Pléiade » des œuvres de Proust. Des fautes dans la Pléiade !!!
En réalité, il avait lu à plusieurs reprises « en tous cas », avec un « s » à « tout », ce qui n’est autorisé dans aucun dictionnaire des difficultés de la langues françaises. Qu’avons-nous conclu ? Et bien, qu’il était temps de reprendre du poulet au gingembre, puisque ces conversations au sommet ont pour cadre le restaurant Jumbo, notre cantine déjà citée. Vous allez voir que ce blog va se transformer en chronique d’un restaurant asiatique de quartier, après avoir failli concerner la poissonnerie du coin ! À propos, un d’entre vous pourrait-il me dire si on fait des fautes d’orthographes (d’idéogrammes !) quand on écrit en chinois, en thaï, en cambodgien, en arabe ou en hébreu. Et surtout en langue des signes ? Merci de m’éclairer de vos lumières.
Je viens à l’instant d’entendre le commentaire sensible de Kouchner sur l’Abbé Pierre, mort ce matin. Après de nombreuses années passées à MSF et au Samu Social, j’ai pour ces deux personnages une admiration qui n’est pas feinte et je ne peux que vous conseiller de lire leur livre commun ; on va sûrement le rééditer s’il n’est plus disponible (Dieu et les hommes – corps 16 Éd. 1999). La LITOTE EN TÊTE est à deux pas du canal Saint-Martin qui offre un spectacle étrange avec ses centaines de tentes. À proximité se trouve l’Hôpital Saint-Louis et ses milliers de mètres carrés désaffectés dans les anciens bâtiments. Je vous fais le pari que si les hôpitaux de France assuraient à nouveau leur fonction d’asile ou d’hôtel-dieu (les biens nommés !), nous réglerions une partie du problème de logement des sans-abri. La majorité des SDF sont en effet incapables de retrouver une vie sociale normale et d’intégrer des structures sans assistance sociales ou médicalisées. C’est une ignorance totale ou une réelle supercherie que d’essayer de nous faire croire le contraire. Si ce sujet vous intéresse, lisez l’ouvrage incontournable de Patrice Declerc (Collection Terre Humaine – Plon 2002), un hallucinant voyage au bout de la nuit et de la misère. Je fais beaucoup de digressions qui, j’espère, ne vous détourneront pas de ce blog consacré à la littérature ; mais soyez donc à votre tour très critique et ne perdez jamais votre faculté d’indignation, cela fait avancer le débat !
De toute(s) façon(s), on se retrouve demain, non ?
éric

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour, je lis vos billets chaque matin et je les adore. quelles sont vos lectures préférées ? chaque fois que je fais connaissance avec quelqu'un je lui pose cette question. Bonne continuation.

Anonyme a dit…

bonjour ! je n'ai vu qu'une faute d'orthographe... Pas mal ! Que cela ne vous empêche pas de continuer................

Anonyme a dit…

Je n'ai vu qu'une faute... pas grave !
B

sandrine a dit…

Cher éric,
je suis au regret de vous informer que " après avoir rédigé" s'écrit ainsi et non avec er. Ce n'est certes
pas très grave mais dans un propos sur l'orthographe, la prof de français que je suis ne pouvait que réagir.J'ai par contre adoré votre ballade nocturne au marché de rungis auprès des " travailleurs de la mer ".Alors avec ou sans faute, continuez svp à nous faire voyager. amicalement votre.

Barnaby a dit…

Bonjour,

je ne sais plus trop comment j'ai abouti un jour de navigation électronique sur votre blog, toujours est-il que j'aime y faire un tour de temps à autre, tout comme j'aime arpenter les rayonnages des librairies engagées (celles qui défendent des textes au-delà des budgets qu'il leur faut bien boucler).
Votre note concernant la locution "en tout cas" m'ayant intrigué, j'ai consulté le TLFi qui à côté de l'orthographe "correcte" que vous mentionnez faisait figurer entre parenthèses celle qui avait la préférence de Proust (et de Gallimard). Suivaient les locutions "en tous les cas", "dans tous les cas", qui expliquent le flottement orthographique.

Bonne journée !

litote en tête a dit…

Voilà des commentaires qui portent à 6 le nombre des lecteurs attentifs ou soucieux de l'orthographe !
Entre nous, en dehors de ce petit amusement, je vous promets que j'ai la hantise de ces fautes qui me semblent plus difficiles à répérer à l'écran que sur le papier, sans compter ces verbes pronominaux qui me font tourner en bourrique. Au secours, madame la prof de français ! Je vous promets de vous dévoiler mes goûts en matière de littérature dans les billets à venir.
Bien à vous, anonymes ou non
éric

litote en tête a dit…

Cher Barnaby, on peut faire la même remarque pour la locution "de toute façon", qui peut prendre 2 s en référence à "de toutes les façons".
merci de votre commentaire
éric

Claude a dit…

"Littré observe que:Roussseau écrit
'en tous cas' au pluriel"
TLF (le plus beau des dictionnaires!)